Comment nourrir la planète tout en la préservant ?
Introduction de JY Geffroy, délégué fédéral à l’agriculture au Parti socialiste
Même si l’agriculture bretonne a fait des excès, qu’elle corrige aujourd’hui, elle a, avec l’agroalimentaire, créé des emplois et elle constitue un élément incontournable de notre économie.
Depuis 30 ans, la dégradation des prix agricoles est constante.
Par exemple, en 1983, une tonne de blé était payée 1230 FR l’équivalent de 56 h de SMIC.
En 2006, la même tonne de blé ne représentait plus que 19h de SMIC, primes comprises.
Grosse différence de productivité entre les agriculteurs de nos pays et ceux du Sud.
Mais il y a un point positif : l’augmentation de la matière première agricole n’a pas que des inconvénients, elle peut inciter les pays à améliorer leurs moyens de production. Certaines terres aujourd’hui peu rentables peuvent le devenir (ex : Ukraine, Kazakhstan).
Il faudrait imaginer pour les pays du Sud un système comme la PAC avec une garantie des prix entraînant une possibilité d’emprunts, en privilégiant les circuits courts, le commerce équitable.
A ne pas oublier : les aliments doivent aller de la campagne vers la ville et non l’inverse.
Plusieurs interventions :
- Rappel du proverbe africain : « On n’hérite pas la terre de nos parents, on l’emprunte à nos enfants ».
- Est-ce que l’environnement est suffisamment enseigné ?
- Lien entre l’agriculture et la problématique énergétique : problème des agrocarburants (autrement mal nommés biocarburants) et problème de l’agriculture hors sol qui consomme beaucoup de pétrole.
Philippe Tourtelier évoque une conférence de Michel Griffon, intitulée « Le défi alimentaire » :
L’augmentation de la population mondiale et l’évolution de sa demande alimentaire (de plus en plus carnée, donc vers plus de protéines animales) entraîne une forte augmentation de la demande de production agricole (il faudrait la doubler).
On rappelle qu’il faut 7 protéines végétales pour fabriquer 1 protéine de bovin, et 5 protéines végétales pour 1 protéine de poulet.
Cette augmentation de la demande implique davantage de surface, plus d’eau, plus de technologie et plus de capitaux.
En Europe, on ne tient que par l’apport d’engrais, mais leur prix va flamber (à cause de l’augmentation du coût de l’énergie nécessaire à leur fabrication).
En Asie, où les plaines sont très peuplées, on estime que la demande en céréales en 2050 se situera entre 500 millions et 1 milliard de tonnes, qu’il faudra importer.
Seuls le Canada, la Russie, l’Australie et le Brésil pourraient peut-être satisfaire ces besoins mais on n’a aucune certitude et surtout au delà de 20 à 30 ans.
En conclusion, on ne peut plus continuer avec les techniques actuelles, il faut changer les mentalités.
Une solution, le biomimétisme : revenir à l’étude des sols, l’assolement, respecter l’écosystème.
En France, la recherche publique a abandonné l’étude des micro-organismes (par exemple, on ignore encore le génome de la plupart des bactéries du sol).
Or l’étude des médiateurs chimiques naturellement à l’œuvre dans la nature est importante.
Ce sera une révolution doublement verte : la première a permis à l’Europe d’être autosuffisante, la 2ème consistera à introduire le respect de l’environnement.
Concernant les OGM : ce n’est pas la solution dans l’immédiat. Nous n’avons plus besoin des OGM de première génération (pour générer des pesticides) mais il faut poursuivre les recherches sur des OGM nouvelle génération, résistants à la sécheresse, à l’augmentation de la température par exemple et cela dans des conditions bien encadrées.
JYGeffroy : Aujourd’hui, on sait qu’il faut limiter les labours car le meilleur outil, c’est les racines et les vers de terre.
A Maure de Bretagne, une expérience a montré que le labourage divisait par quatre le nombre de vers de terre, pourtant indispensables à la reconstitution du sol.
Philippe Tourtelier répond à une question sur le débat récent à l’Assemblée à propos des OGM :
Tous les camps sont assez divisés sur ce sujet.
Le PS est arrivé à une position unique : oui à la recherche publique mais avec des précautions.
Sur le fond, le problème est qu’il n’existe aucune certitude sur le fait que les OGM ne présentent pas de risque pour la santé. La biologie moléculaire repose sur une méthode empirique. Or, certains gènes dits « dormants » peuvent s’exprimer en fonction du contexte. Seule la recherche peut le déterminer et cela doit se faire en milieu contrôlé.
En revanche, le risque pour l’environnement est avéré. On a constaté la présence d’OGM le long de certaines routes alors qu’il n’y avait pas de cultures d’OGM à proximité. On s’est aperçu que les OGM s’étaient disséminés lors des transports. Et cela est irréversible.
D’autre part, aux USA, certains insectes sont devenus résistants aux pesticides.
François : La biologie moléculaire est parfaitement rigoureuse mais en laboratoire. Les OGM font peur car les personnes mal informées pensent « Si je mange des OGM, je serai moi aussi modifié ». Il y a un travail d’explication à faire.
Marcel : Sur les liens entre santé et environnement, il n’y a pas de certitudes mais des dossiers très troublants, donc le principe de précaution doit prévaloir.
Les OGM entraînent la disparition de millions de petits paysans qui ne peuvent acheter les semences.
Daniel : On est dans une logique de simplification du vivant. Par exemple, on ne s’intéresse qu’aux apports de certains éléments nutritifs comme l’azote, le phosphore et le potassium.
De même il est faux de dire la modification d’un gène ne va produire que la seule protéine voulue car un gène interagit sur les gènes voisins et l’on ne sait pas quelles protéines peuvent alors être produites ou modifiées. On ne doit donc faire des recherches sur les OGM qu’en milieu confiné.
François : Il est bien sûr possible de faire ces recherches en laboratoire. Le seul problème, c’est le financement.
Pascal Vallée, président d’Agrobio 35 : Concernant la question du débat, on peut proposer trois pistes :
- Partage des ressources minérales (pétrole)
L’agriculture bretonne est trop dépendante du pétrole. On n’a pas besoin de machines trop puissantes.
La filière bio favorise les transformations sur place et la vente directe à la ferme pour limiter les dépenses énergétiques.
- Changement du mode de consommation
Il faut consommer moins de viande et plus de céréales. Une protéine animale nécessite 7 protéines végétales, cela est très coûteux. D’autre part, un régime trop carné entraîne des maladies. (cf. les cas d’obésité en très nette augmentation en Chine).
- Changement du mode de production
Notre élevage est dépendant du soja américain or les USA ont moins besoin d’exporter (soja –maïs) car ils utilisent leur production pour fabriquer des agrocarburants. Le coût d’importation est lourd.
L’agriculture intensive n’arrive pas à nourrir le monde.
Des expériences menées en Afrique ont montré qu’en produisant bio dans l’hémisphère sud, on pouvait doubler les rendements.
Ce n’est pas à comparer avec le Nord (où l’on a les plus gros rendements mais aussi la plus grosse consommation de pétrole et de pesticides). Au Sud, les rendements sont très faibles avec une très petite demande énergétique, il est donc tout à fait possible d’augmenter ces rendements.
JY Geffroy : Il faut réintroduire la polyculture, au moins quatre cultures pour pratiquer l’assolement.
C’est la fin des monocultures, même dans l’agriculture intensive.
Pascal Vallée : Il existe un déséquilibre de subventions entre l’agriculture intensive et l’agriculture plus équilibrée (qui nourrit les bovins avec de l’herbe).
Daniel : Les pays du Sud sont obligés de faire des cultures d’exportation pour rembourser leur dette. Comme on leur a en plus vendu nos excédents à bas prix, on a laminé l’agriculture vivrière. Ce qui entraîne les problèmes actuels de famine.
Concernant les agrocarburants, oui au colza en circuit court pour les agriculteurs mais il faut savoir que le colza est une plante très gourmande et qui nécessite un repos de la terre pendant 5 ans. Il est illusoire de penser que le colza remplacera le pétrole.
Jeannette Cadeville, membre du réseau de commerce équitable « Artisans du Monde » :
Le Commerce Equitable ou ce que l’on appelait commerce « juste » existe depuis la fin du 19è siècle.
Le travail d’Artisans du Monde s’articule selon 3 dimensions :
- Une dimension économique : il s’agit de permettre à des artisans vivant dans les pays du Sud de fabriquer leurs produits et de leur assurer une distribution en Europe dans de petits magasins donc en dehors de la grande distribution.
- Une dimension éducative : il s’agit d’informer les consommateurs sur le commerce, la consommation, l’acte d’achat et le commerce équitable.
- Une dimension politique en direction des dirigeants européens mais également des consommateurs européens pour les pousser à interroger les grands distributeurs en leur demandant des comptes, dans le but d’apporter plus de justice dans le commerce international.
Marcel Launay, représentant le réseau Max Havelaar 35 :
Le commerce équitable est une tentative de réponse au problème d’insuffisance alimentaire, même si pour le moment son impact est infime.
L’apport du commerce équitable, c’est pour les producteurs :
- l’obligation d’un organisation collective et un prix minimum garanti,
- la dignité : il est important pour les artisans de savoir que l’on achète et que l’on apprécie leurs produits,
- la subsistance pendant toute l’année
Claude : Tous les échanges sont faussés depuis les années 80 : les entreprises sont passées de marges comprises entre 4 et 5% de à des marges autour de 15 à 20%.
Quelle évolution faudrait-il donner à la PAC pour que les paysans du Nord et du Sud puissent vivre ?
JY Geffroy : Par un plafonnement des aides avec une répartition différente.
Par des contrats territoriaux d’exploitation (en prenant en compte non le rendement mais les projets).
Compte-rendu réalisé par Armelle Bretonnet et Anabel Marie
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Compte-rendu du Café d’Avenir du 12 avril 2008
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